Textes pour artistes

J’ai réalisé des communiqués de presse et des notes de pochettes pour différentes structures musicales parisiennes.

NIT – Dessous de Plage / (Mutant Ninja) Avril 2017

Si vous n’avez pas de platine, sachez que ce disque peut également faire office de dessous de plat.

Trouvé dans une maison de vacances au bord de l’océan, l’ustensile de table qui sert de pochette à ce recueil pop est un souvenir de plage d’une autre époque que l’on ne saurait dater clairement. L’illustration figure une paire de transats dans un décor estival et naïf : l’endroit parfait pour écouter son accompagnement musical, prenant la forme d’un voyage à la croisée de la library music, des bandes originales françaises des années 70’s et d’un funk électronique fait main.

Soufflée par l’air du temps ou plongée tout à coup dedans, cette collection de titres sans âge donne des coups de soleil en hiver, des frissons en été et sème la zizanie dans la tête de celui qui essaie d’en parler. On finit donc par conclure que vraiment, il n’y a plus de saisons et l’on se laisse distraitement bercer par les paroles de «Imparfaite» glissées au milieu de mélodies fluides comme du jus d’orange.

Il est maintenant la sur la table, a côté du dessous de plat et l’on se prend déjà à rêver d’être ailleurs, comme ce touche à tout insouciant qui joue avec ses références musicales pour imaginer la possibilité d’un autre futur.

CHEBRAN – FRENCH BOOGIE 1981-1985 (Born Bad/Serendip, 2015)

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« Chébran, c’est déjà un peu dépassé, vous auriez dû dire câblé ! » (François Mitterrand dans Ca nous intéresse Monsieur le Président, présenté par Yves Mourousi sur TF1, le 25 avril 1985)

 Dans la France de Mitterrand, les modes filent  comme les gouvernements. Toujours dans le vent, les jeunes du début des années 80 butinent avec légèreté chaque indispensable nouveauté. Confiante dans l’avenir du Minitel, décomplexée par les discussions sexys des radios-libres naissantes, cette génération rose rêve de clubs de vacances et de pistes de danse. Témoignage ludique des années fric et toc, le French Boogie en est la bande-son idéale.

Reflet d’une époque où tout semble encore possible, ce qu’Internet appelle aujourd’hui French Boogie désigne un funk synthétique aux couplets parfois scandés annonçant l’arrivée prochaine du rap hexagonal. Assimilée au post disco, se nourrissant de la musique black, et flirtant parfois avec la new wave, cette pop insouciante aux paroles potaches a le goût pour les plaisirs faciles, la frime, et les vacances au soleil. Une musique en phase avec son époque, qui glorifie au passage le luxe, la réussite et un certain mode de vie consumériste incarné notamment par Bernard Tapie.

Capture d’écran 2015-10-26 à 12.49.38Dans les boîtes de nuit populaires de l’époque, telles la Main Bleue de Montreuil et l’Echappatoire de Clichy-sous-Bois où officiait le DJ Micky Milan, un public enthousiaste découvre toute une vague de musiciens influencés autant par la variété française que par Sugar Hill Gang ou Kurtis Blow. La plupart des artistes du début s’investissent sincèrement, mais comme souvent en France quand arrive un courant musical, la dérision et la légèreté vont vite servir de subterfuge pour imposer ce nouveau style. Un cocktail explosif, où le son de New-York s’accommode de textes franchouillards improbables, et qui rappellera à certains l’univers des comédies farfelues de Max Pécas ou de Claude Zidi. Cette scène prolifique, issue en partie de la communauté juive de l’époque, cherche la baraka, et essaye de décrocher la timbale avec les moyens du bord. Personnalités médiatiques, inconnus en quête de gloire et autres stars d’un soir tentent le tube avec plus ou moins de succès. Hormis « Vacances j’oublie tout »  d’Elégance, « Un fait divers et rien de plus » par Le Club, ou « Chacun fait ce qui lui plaît » de Chagrin d’amour (produit par Patrick Bruel), la funk en France, c’est l’histoire d’un braquage raté. 

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Dans les boîtes de nuit populaires de l’époque, telles la Main Bleue de Montreuil et l’Echappatoire de Clichy-sous-Bois où officiait le DJ Micky Milan, un public enthousiaste découvre toute une vague de musiciens influencés autant par la variété française que par Sugar Hill Gang ou Kurtis Blow. La plupart des artistes du début s’investissent sincèrement, mais comme souvent en France quand arrive un courant musical, la dérision et la légèreté vont vite servir de subterfuge pour imposer ce nouveau style. Un cocktail explosif, où le son de New-York s’accommode de textes franchouillards improbables, et qui rappellera à certains l’univers des comédies farfelues de Max Pécas ou de Claude Zidi. Cette scène prolifique, issue en partie de la communauté juive de l’époque, cherche la baraka, et essaye de décrocher la timbale avec les moyens du bord. Personnalités médiatiques, inconnus en quête de gloire et autres stars d’un soir tentent le tube avec plus ou moins de succès. Hormis « Vacances j’oublie tout »  d’Elégance, « Un fait divers et rien de plus » par Le Club, ou « Chacun fait ce qui lui plaît » de Chagrin d’amour (produit par Patrick Bruel), la funk en France, c’est l’histoire d’un braquage raté. 

Si quelques tubes permettent à certains de se payer une place au soleil ailleurs qu’au Club Med, le mouvement s’essouffle rapidement, mettant de côté franches personnalités motivées à la carrière éclair et les opportunistes déçus d’avoir raté leur « coup ». Dès lors en 1984, le French Boogie « déjà fatigué » se fond à son tour dans de nouveaux genres. D’un côté, la culture rap et breakdance (via l’émission H.I.P.H.O.P. de Sydney ou celle de Dee Nasty sur Radio Nova) continue de perpétrer son phrasé à travers un univers plus urbain. De l’autre, c’est l’italo, le new beat et la house qui prennent le pas sur la piste de danse et affirment encore plus la volonté de créer une musique de club.

Coincé entre l’ère du disco et celle des musiques électroniques modernes, le French Boogie se résumera ainsi à un courant musical de transition, un témoignage original du brassage des cultures populaires et underground de l’époque. Si le genre a hâtivement été classé comme anecdotique malgré son groove synthétique précurseur et ses lignes de basses imparables, ses excentricités révèlent à force d’écoute une certaine poésie de l’éphémère. A la source de courants majeurs, et pourtant sans clivage, sans prise de tête, c’est une musique avant tout pour faire la fête.

KLATEN – Sans Titre (Da Heard It Records / 2016)

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Pour sa 30ème sortie, Da ! Heard It Records vous offre un témoignage émouvant : celui des derniers jours de l’ordinateur de Klaten. Inspirés par les glitchs épileptiques d’une carte vidéo usée jusqu’au circuit, les sept morceaux de ce disque forment un assemblage méticuleux d’objets violents non identifiés d’où émergent des mélodies venues d’un autre monde.

Tergiversure, Déglutogène, Exoplaste : chacun des titres présents semble être une tentative de greffe pour maintenir en vie quelques instants supplémentaires un microprocesseur poussé dans ses derniers retranchements. Infographiste 3D de profession, Klaten a en effet gardé de cette pratique un soin extrême du détail et le goût pour les univers singuliers. En témoigne la pochette du disque, signée Elise Kobisch-Miana, panorama de cristaux aux perspectives éclatées qui rappellent les nombreux reliefs de l’album.

Ouvrant la voie avec Stipulite, Klaten fait pénétrer l’auditeur dans les méandres d’une caverne labyrinthique où rythmes rebondissants font parfois teinter de faibles lueurs minérales. Creusant plus profondément dans la matière, il poursuit son parcours tête baissée à travers les reflets étincelants d’Exoplaste et les breakbeats acérés de Tergiversure. Arrivé au coeur d’un magma sonore en ébullition d’où il puise de nouveaux matériaux métalliques (Phoryaphile, Gramafion), il achève son périple par le souffle de Stratiformis afin de refroidir les ventilateurs surchauffés de sa machine controllée positive à tous les VST. Hélas, il est déjà trop tard…

Ultime souvenir de cette traversée, le parisien C_C offre pour conclure sa propre vision du voyage : un remix aux rythmes massifs où bourdonnent en arrière plan le son de ses machines analogiques. Hommage aux paysages complexes d’Autechre et aux expérimentations du label Schematic, ce disque à l’imaginaire riche et surprenant est resté sans nom. Comme un défi pour l’auditeur, les sonorités qu’il déploie donnent toutes les pistes pour lui en trouver un.

Vous pouvez trouver d’autres communiqués rédigés par mes soins pour le label Da Heard It Records juste ici.

 

 

 

Communiqués de presse pour artistes

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