Papiers à musique

J’ai réalisé des communiqués de presse et des notes de pochettes pour différentes structures musicales parisiennes.

 

FRANCE CHEBRAN 2 – French Boogie – 82/89

“Réussir sa vie c’est croire en l’instant où tout est magie, où tu es géant, réussir sa vie c’est traverser un océan sans savoir pourquoi ni pour qui, à l’aventure, tout simplement” Bernard Tapie

Dans les années 80, les français n’ont pas froid aux yeux : quand certains se lancent à corps perdu dans la musique ou le business, d’autres vont jusqu’à enlever le haut puis le bas pour se faire remarquer… Si Bernard Tapie comprend rapidement que sa fortune se trouve plutôt dans les affaires, de nombreux rêveurs mélomanes s’imaginent déjà sous le soleil, dans un monde enchanteur fait de rythmes funkys et de synthétiseurs.

Pendant que le Front National se développe dans l’ombre de François Mitterrand, ils métissent le funk New Yorkais de sonorités électroniques, orientales ou africaines. Souvent adeptes de la “farce tranquille” initiée par les radios libres nouvelles, ces musiciens issus de tous les milieux cherchent l’argent facile dont on leur parle tant. Avec leurs arrangements à la croisée des genres, leurs paroles souvent scandées, ils font honneur à la génération Touche Pas À Mon Pote et dessinent sans le savoir les prémices de la culture urbaine contemporaine en France.

Il faut dire que la période est propice aux mélanges en tous genres : suite à l’arrivée de la gauche au pouvoir, de nombreux sans-papiers viennent d’être régularisés et les cultures du Sud sont à la mode dans tous les milieux. Alors que les français admirent la ”beauté sauvage” de Grace Jones dans les publicités de Jean Paul Goude, ils profitent de leur cinquième semaine de vacances fraîchement acquise pour se basaner sur les plages du Maghreb. Suivant l’exemple de The Clash, punks et rockers se convertissent au reggae et les radios libres nouvelles élargissent leur programmation aux “musiques du monde”. L’influence est telle que dans la boîte parisienne sélect’ du Keur Semba, les politiciens de tous bords viennent magouiller discrètement l’avenir de la Françafrique sur fond de disco et de tubes exotiques…

À l’autre bout de la pyramide, ce sont les vagues successives d’immigration qui enrichissent la France d’une bien meilleure manière. Avec l’essor des MJC, la pratique d’un instrument de musique devient accessible aux milieux modestes et suscite de nouvelles formations. Pour ces mélomanes souvent nés en France et pourtant déracinés, ce moyen d’expression résonne avant tout comme une volonté de s’intégrer tout en revendiquant leur héritage culturel. Pour ceux qui viennent à leur rencontre, c’est une formidable oasis d’influences nouvelles susceptibles de plaire à un plus large public.

Entre esprit de gaudriole et espoirs communautaires, les musiciens de cette scène singulière n’ont probablement pas réussi leur vie au sens où Bernard Tapie l’entend. Cependant, leurs recherches ne laissent aucun doute : en facilitant l’essor d’une nouvelle culture hybride dont sera notamment issu le hiphop français, ces artistes méconnus sont bel et bien partis à l’aventure, tout simplement.

 Soleil soleil

Depuis les années 60, de nombreux établissements à destination de la communauté maghrébine sont apparus aux quatre coins de la France. Dans ces bars et discothèques que les aînés imaginent souvent comme des lieux de perdition, les 45 tours orientaux du bled comme les productions locales combinant raï, funk franchouillard ou proto-hiphop sont diffusés. Grâce au support cassette, les nouveaux morceaux circulent entre Paris, Lille, Strasbourg, Marseille et bien d’autres agglomérations, principalement dans les milieux ouvriers. Les artistes qui y sont compilés forgent petit à petit un style original où se confondent sur une même bande le son de leurs origines et celui de leur pays d’accueil.

Plaque tournante de ces productions métissées, la ville de Lyon comprend de nombreux labels comme l’Étoile Verte, Mosquito, SEDICAV, Mérabet, Bouarfa ou El Bahia. Cette scène particulièrement prolixe s’ouvre peu à peu à de nouveaux publics : Nordine Staifi ou Shams Dinn s’illustrent sur vinyl et Carte De Séjour est repéré par le DJ anglais John Peel… Mené par Rachid Taha, ce groupe de rock arabe s’amourache même de la Douce France de Charles Trenet. Teinté de chaleureuses sonorités orientales et d’une pointe d’ironie, leur reprise se voit alors bêtement censurée en France.

Ailleurs pourtant, d’autres mains se tendent entre nouveaux arrivants et français “d’origine”. A Rouen, c’est Bernard Guégan, animateur culturel dans un centre d’insertion professionnelle qui initie de jeunes beurettes au rap en vue d’un concours organisé par un magazine. Repérée grâce à Vally du duo de stars Chagrin d’Amour, la troupe est mise en boîte par le producteur Slim Pezin sous le nom d’Ettika. Malgré quelques coups de projecteurs médiatiques, rien n’y fait : ce single trop métissé pour l’époque n’est hélas pas l’ascenceur social escompté pour sortir du ghetto les quatre adolescentes qui le portent… Mélangeant français et arabe au sein d’une même mélodie synthétique, ce morceau est un souvenir touchant des balbutiements du hiphop français, loin de la misogynie et de la violence qu’on lui connaît parfois aujourd’hui.

Radio je t’aime

Avec l’essor des radios libres tout juste autorisées par le gouvernement de François Mitterrand, les ondes reflètent mieux que jamais toute la diversité des musiques en France. Des genres jusque là méconnus venus d’Afrique ou des îles prennent place dans l’émission Sonomundial de Radio Nova. Sur Carbone 14, l’animateur Phil Barney s’essaie au parlé chanté entre deux morceaux de funk américain et les derniers tubes en provenance du Maghreb font la joie des auditeurs de Radio Beur. De nombreux concours font également émerger de nouvelles starlettes comme Marie José Fa ou Ettika tandis que sur les antennes plus confidentielles, une foule d’auto-productions (Creole Star, Manu…) est diffusée à un cercle d’initiés.

Cette vive émulation n’échappe évidemment pas aux requins de studio de l’époque qui assaisonnent tout et n’importe quoi d’une petite touche exotique pour stimuler les ventes. C’est ainsi également que persévèrent certains vieux routiers du groove qui signent pour eux-même ou pour d’autres quelques belles productions d’époque.

Slim Pezin (Ettika) Déjà renommé sur le créneau disco-funk grâce aux disques d’Arpadys ou de Voyage dont il est membre, Slim Pezin est l’un des arrangeurs phares du Tout Paris des années 70 et 80 (Claude François, Mylène Farmer, Johnny Hallyday…). Par ailleurs, il compose de nombreux morceaux d’illustration sonore pour les labels Telemusic ou CBS. Marié à une camerounaise, ami de Manu Dibongo et de Bernard Estardy, cet homme de studio chevronné a le goût pour le groove et les sonorités afros. Au début des années 80, il lance la carrière du groupe Kassav’ et signe notamment la production des titres de Chagrin d’Amour ou d’Ettika.

Sammy Massamba Véritable icône de la musique congolaise, Sammy Massamba a commencé sa carrière dans les années 60 au sein du groupe vocal protestant Les Cheveux Crépus. Par la suite initié à la guitare, ce touche à tout intègre rapidement des influences rumba, afro-funk ou même disco dans ses compositions. Souvent demandé pour la qualité de son jeu dans les studios parisiens des années 70, il est l’auteur de nombreux tubes afros dont le plus célèbre est “Propriété Privée”.

JM Black Avec un oncle directeur de radio et un cousin bassiste d’exception (Vicky Edimo), ce camerounais originaire de Douala baigne depuis sa plus tendre enfance dans la musique. Arrivé en France au début des années 80 pour faire ses études, il fait ses armes au sein du groupe Overdrive en compagnie des frères Accardo. Surnommés les “Petits Américains” tant leurs productions font écho à celles de New York, ils sortent un premier 45 tours funky et tournent partout en France avant de se séparer pour vivre d’autres aventures. Lancé en 1984 alors que la mode est déjà au breakdance, le “Lipstick” coloré de JM Black passe hélas inaperçu… Jusqu’à aujourd’hui !

Philippe Chany En compagnie de Phil Krootchey et Fred Versailles, le jeune Philippe Chany fonde en 1981 le groupe de funk électronique Love International sur lequel chante notamment son vieil ami de lycée, Alain Chabat. Partageant avec ce dernier un goût pour l’humour potache, il compose de nombreux musiques et jingles pour le groupe Canal+ (Les Nuls, Nulle Part Ailleurs, La Cité De La Peur…) ainsi qu’une parodie en arabe du tube “C’Est La Ouate” de Caroline Loeb intitulée “C’Est Le Kawa”. Blague à part, on peut également apercevoir son goût pour les musiques orientales sur son unique album personnel “Rive Gauche”, sorti en 1983.

Hamidou  En 1984, ce chanteur de variétés algérien sort sur cassette un morceau très singulier dans sa discographie, écrit par un arrangeur de musique de film : Farid Belkhirat. Imaginé dans l’esprit de “Chacun Fait C’Qui Lui Plaît” de Chagrin d’Amour, le titre est mis en clip l’année suivante par l’unique chaîne de télévision d’Algérie, la RTA. A cette époque, le pays est encore très conservateur et cette vidéo est avant tout pensée pour détourner la jeunesse des musiques trop subversives comme le raï. Après ce succès éphémère et un tube de l’été diffusé par TF1 en 1998 (“Yakalelo”, plus d’1 million d’exemplaires vendus), Hamidou continue de nos jours la musique en animant les mariages de sa région.

Alec Mansion Avant de fouler le plateau du top 50 au sein du groupe-fratrie Leopold Nord & Vous avec “C’est l’Amour”, le belge Alec Mansion a eu une autre vie. Entre 1982 et 1983, il compose deux albums électroniques aux côtés de deux des membres du groupe Telex. Avec ses accords à la Chic et ses paroles écrites par Marc Moulin, “Trop Triste” a été réalisé entre Liège et Montréal. Si le résultat de cette collaboration n’a jamais connu de succès commercial, les disques issus de cette période restent très recherchés par les connaisseurs.

JOEL FERRATIA Avant de réaliser le documentaire “Des Jeunes Gens Mödernes” en 2011, Jérôme de Missolz (actif depuis 1976) imagine en 1988 un court métrage à la forme inédite, entre fiction et  témoignage unique sur l’underground parisien des années 80. Durant les 20 minutes de Fury Rock, on croise aussi bien la célèbre bande antifa des Ducky Boys que Joël Ferrati, futur membre du groupe Timide Et Sans Complexe dès 1990. Composé par ses soins, “Pourquoi Tant De Haine ?” clôture le film comme cette compilation. Par son titre, ce morceau prémonitoire semble déjà questionner les changements à venir dans le ton du rap français…

 

Fourmi – L’Allunissage des Fragilos / Da Heard It Juin 2018

Ca s’écoute ici

Pour sa 37ème sortie, Da ! Heard It Records met vos oreilles en orbite.

Mais qui sont donc les Fragilos, personnages mystérieux partis à la découverte de territoires apparemment inconnus ? Prenez le temps de suivre leurs aventures à travers cet album aux allures d’OVNI encapsulant en 13 morceaux quelques instants de leur furtive existence…

À la manière des disques d’illustration sonore des années 70/80 dont Philippe Brown s’inspire, les titres des compositions de cette cassette sont autant d’indices pour stimuler l’imaginaire des auditeurs. Ainsi, en gardant la jaquette dessinée par Man Oroa entre ses mains pendant l’écoute, chacun pourra se faire sa petite histoire et découvrir des mélodies aux apparences naïves et pourtant loin d’être évidentes.

On passera ainsi tout simplement de Lune à l’autre sans jamais vraiment atterrir, flottant doucement au-dessus du sol parmi des rythmes bossa, zouk ou orientaux et des ambiances cinématographiques empreintes autant de second degré que d’une légère mélancolie.

Attiré par une époque musicale qu’il n’a pas connue mais dont il utilise les codes avec style, Philippe fait évoluer ses personnages bien au-delà des frontières musicales dont on s’encombre parfois. Avec cette bande originale fictive à la croisée des genres et des époques, il part visiblement très loin, si loin que tout laisse à penser que ce musicien rêveur a bel et bien la tête dans la Lune !

 

Bill Vortex – Vortex Des Réformés / Da Heard It Mai 2018

Ca s’écoute ici

 

Pour sa 36ème sortie, Da Heard It Records flotte dans les mondes parallèles de Bill Vortex.

De parallèles, il en est bien question tout au long de cet album qui multiplie les références à plus de 30 ans de musique synthétique et dansante. Dans ce Vortex Des Réformés s’agencent au millimètre des pièces aux contours géométriques variés, rappelant l’illustration de la cassette imaginée par Vomplie.

Contrairement à beaucoup d’albums, les morceaux associés ici ne sont pas pensés comme un tout uniforme mais plutôt comme un voyage bien construit à travers les époques et les styles. Acid house, électro des origines, influences africaines, skweee nordique, breakbeats torturés ou interludes ambient alternent tour à tour moments de répit et d’autres, plus chargés en BPM.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, ces territoires d’écoute contrastés ne donnent jamais l’impression d’avoir été mis bout à bout comme ceux d’une compilation. Ils constituent au contraire une œuvre en forme d’hommage aux musiciens qui ont accompagné le quotidien sonore de Patrice Curtillat durant toutes ces années.

Portrait musical dont chaque ligne résonne comme une influence longuement étudiée, le résultat condense tout le savoir-faire de son auteur sur une même bande magnétique. Il est certain que les mélomanes curieux auront plaisir à la dérouler pour retracer à leur manière cette précieuse histoire…

 

 

Wankers United – Polygon Soup / (Da Heard It) Janvier 2018


Pour sa 35ème sortie, Da ! Heard It Records vous plonge la tête dans un bouillon d’idées funk.

Il flotte un aileron de requin dans la soupe de polygones de Wankers United. Sorti des profondeurs, le squale imaginé par Elise Kobisch-Miana qui illustre ce nouvel album semble attiré par la surface après un très long sommeil. Il faut dire que cette nouvelle production foisonne de références comme d’idées fraîches.

Grand chef du skweee en France via son label Mazout, Thomas Lanza a toujours eu le goût de la bidouille électronique et des rythmes syncopés hérités de sa culture hip hop. Après s’être essayé dans ce style sur de nombreuses compilations, il sort son premier album chez les américains d’Ausland en 2017 et remet le couvert chez Da Heard It ! avec une série de morceaux en forme de plat de résistance.

Côté cuisine, on retrouve avec plaisir ce qui fait le charme de ses productions habituelles mais préparées ici avec le souci de respecter les traditions. Plongés dans un grand bain d’acid et d’electro old school, les ingrédients de cette recette élaborée rappelleront aux mélomanes sensibles la saveur des origines, quelque part entre Cybotron et les belles heures du label Warp. Le résultat, au delà du skweee qu’il concocte habituellement, lorgne plutôt vers une IDM ludique et débarrassée du superflu.

Faisant évoluer avec précision l’agencement des sons au fil des morceaux, Thomas ne laisse pas de place au hasard dans son joyeux mélange et rappelle qu’il a depuis plus de 15 ans acquis une solide expérience en la matière. Familier de Luke Vibert dont l’influence est ici évidente, il pimente cependant ses mélodies d’une jolie touche orientale et montre ainsi s’il le fallait encore qu’il fait bon vivre à Saint-Ouen.

Cassette et téléchargement libre sur le label Da Heard It Records

NIT – Dessous de Plage / (Mutant Ninja) Avril 2017

Si vous n’avez pas de platine, sachez que ce disque peut également faire office de dessous de plat.

Trouvé dans une maison de vacances au bord de l’océan, l’ustensile de table qui sert de pochette à ce recueil pop est un souvenir de plage d’une autre époque que l’on ne saurait dater clairement. L’illustration figure une paire de transats dans un décor estival et naïf : l’endroit parfait pour écouter son accompagnement musical, prenant la forme d’un voyage à la croisée de la library music, des bandes originales françaises des années 70’s et d’un funk électronique fait main.

Soufflée par l’air du temps ou plongée tout à coup dedans, cette collection de titres sans âge donne des coups de soleil en hiver, des frissons en été et sème la zizanie dans la tête de celui qui essaie d’en parler. On finit donc par conclure que vraiment, il n’y a plus de saisons et l’on se laisse distraitement bercer par les paroles de «Imparfaite» glissées au milieu de mélodies fluides comme du jus d’orange.

Il est maintenant là sur la table, a côté du dessous de plat et l’on se prend déjà à rêver d’être ailleurs, comme ce touche à tout insouciant qui joue avec ses références musicales pour imaginer la possibilité d’un autre futur.

CHEBRAN – FRENCH BOOGIE 1981-1985 (Born Bad/Serendip, 2015)

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« Chébran, c’est déjà un peu dépassé, vous auriez dû dire câblé ! » (François Mitterrand dans Ca nous intéresse Monsieur le Président, présenté par Yves Mourousi sur TF1, le 25 avril 1985)

 Dans la France de Mitterrand, les modes filent  comme les gouvernements. Toujours dans le vent, les jeunes du début des années 80 butinent avec légèreté chaque indispensable nouveauté. Confiante dans l’avenir du Minitel, décomplexée par les discussions sexys des radios-libres naissantes, cette génération rose rêve de clubs de vacances et de pistes de danse. Témoignage ludique des années fric et toc, le French Boogie en est la bande-son idéale.

Reflet d’une époque où tout semble encore possible, ce qu’Internet appelle aujourd’hui French Boogie désigne un funk synthétique aux couplets parfois scandés annonçant l’arrivée prochaine du rap hexagonal. Assimilée au post disco, se nourrissant de la musique black, et flirtant parfois avec la new wave, cette pop insouciante aux paroles potaches a le goût pour les plaisirs faciles, la frime, et les vacances au soleil. Une musique en phase avec son époque, qui glorifie au passage le luxe, la réussite et un certain mode de vie consumériste incarné notamment par Bernard Tapie.

Capture d’écran 2015-10-26 à 12.49.38Dans les boîtes de nuit populaires de l’époque, telles la Main Bleue de Montreuil et l’Echappatoire de Clichy-sous-Bois où officiait le DJ Micky Milan, un public enthousiaste découvre toute une vague de musiciens influencés autant par la variété française que par Sugar Hill Gang ou Kurtis Blow. La plupart des artistes du début s’investissent sincèrement, mais comme souvent en France quand arrive un courant musical, la dérision et la légèreté vont vite servir de subterfuge pour imposer ce nouveau style. Un cocktail explosif, où le son de New-York s’accommode de textes franchouillards improbables, et qui rappellera à certains l’univers des comédies farfelues de Max Pécas ou de Claude Zidi. Cette scène prolifique, issue en partie de la communauté juive de l’époque, cherche la baraka, et essaye de décrocher la timbale avec les moyens du bord. Personnalités médiatiques, inconnus en quête de gloire et autres stars d’un soir tentent le tube avec plus ou moins de succès. Hormis « Vacances j’oublie tout »  d’Elégance, « Un fait divers et rien de plus » par Le Club, ou « Chacun fait ce qui lui plaît » de Chagrin d’amour (produit par Patrick Bruel), la funk en France, c’est l’histoire d’un braquage raté. 

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Dans les boîtes de nuit populaires de l’époque, telles la Main Bleue de Montreuil et l’Echappatoire de Clichy-sous-Bois où officiait le DJ Micky Milan, un public enthousiaste découvre toute une vague de musiciens influencés autant par la variété française que par Sugar Hill Gang ou Kurtis Blow. La plupart des artistes du début s’investissent sincèrement, mais comme souvent en France quand arrive un courant musical, la dérision et la légèreté vont vite servir de subterfuge pour imposer ce nouveau style. Un cocktail explosif, où le son de New-York s’accommode de textes franchouillards improbables, et qui rappellera à certains l’univers des comédies farfelues de Max Pécas ou de Claude Zidi. Cette scène prolifique, issue en partie de la communauté juive de l’époque, cherche la baraka, et essaye de décrocher la timbale avec les moyens du bord. Personnalités médiatiques, inconnus en quête de gloire et autres stars d’un soir tentent le tube avec plus ou moins de succès. Hormis « Vacances j’oublie tout »  d’Elégance, « Un fait divers et rien de plus » par Le Club, ou « Chacun fait ce qui lui plaît » de Chagrin d’amour (produit par Patrick Bruel), la funk en France, c’est l’histoire d’un braquage raté. 

Si quelques tubes permettent à certains de se payer une place au soleil ailleurs qu’au Club Med, le mouvement s’essouffle rapidement, mettant de côté franches personnalités motivées à la carrière éclair et les opportunistes déçus d’avoir raté leur « coup ». Dès lors en 1984, le French Boogie « déjà fatigué » se fond à son tour dans de nouveaux genres. D’un côté, la culture rap et breakdance (via l’émission H.I.P.H.O.P. de Sydney ou celle de Dee Nasty sur Radio Nova) continue de perpétrer son phrasé à travers un univers plus urbain. De l’autre, c’est l’italo, le new beat et la house qui prennent le pas sur la piste de danse et affirment encore plus la volonté de créer une musique de club.

Coincé entre l’ère du disco et celle des musiques électroniques modernes, le French Boogie se résumera ainsi à un courant musical de transition, un témoignage original du brassage des cultures populaires et underground de l’époque. Si le genre a hâtivement été classé comme anecdotique malgré son groove synthétique précurseur et ses lignes de basses imparables, ses excentricités révèlent à force d’écoute une certaine poésie de l’éphémère. A la source de courants majeurs, et pourtant sans clivage, sans prise de tête, c’est une musique avant tout pour faire la fête.

KLATEN – Sans Titre (Da Heard It Records / 2016)

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Pour sa 30ème sortie, Da ! Heard It Records vous offre un témoignage émouvant : celui des derniers jours de l’ordinateur de Klaten. Inspirés par les glitchs épileptiques d’une carte vidéo usée jusqu’au circuit, les sept morceaux de ce disque forment un assemblage méticuleux d’objets violents non identifiés d’où émergent des mélodies venues d’un autre monde.

Tergiversure, Déglutogène, Exoplaste : chacun des titres présents semble être une tentative de greffe pour maintenir en vie quelques instants supplémentaires un microprocesseur poussé dans ses derniers retranchements. Infographiste 3D de profession, Klaten a en effet gardé de cette pratique un soin extrême du détail et le goût pour les univers singuliers. En témoigne la pochette du disque, signée Elise Kobisch-Miana, panorama de cristaux aux perspectives éclatées qui rappellent les nombreux reliefs de l’album.

Ouvrant la voie avec Stipulite, Klaten fait pénétrer l’auditeur dans les méandres d’une caverne labyrinthique où rythmes rebondissants font parfois teinter de faibles lueurs minérales. Creusant plus profondément dans la matière, il poursuit son parcours tête baissée à travers les reflets étincelants d’Exoplaste et les breakbeats acérés de Tergiversure. Arrivé au coeur d’un magma sonore en ébullition d’où il puise de nouveaux matériaux métalliques (Phoryaphile, Gramafion), il achève son périple par le souffle de Stratiformis afin de refroidir les ventilateurs surchauffés de sa machine controllée positive à tous les VST. Hélas, il est déjà trop tard…

Ultime souvenir de cette traversée, le parisien C_C offre pour conclure sa propre vision du voyage : un remix aux rythmes massifs où bourdonnent en arrière plan le son de ses machines analogiques. Hommage aux paysages complexes d’Autechre et aux expérimentations du label Schematic, ce disque à l’imaginaire riche et surprenant est resté sans nom. Comme un défi pour l’auditeur, les sonorités qu’il déploie donnent toutes les pistes pour lui en trouver un.

Vous pouvez trouver d’autres communiqués rédigés par mes soins pour le label Da Heard It Records juste ici.

 

 

 

CP / notes de pochette (2015/2018)

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